Que celui ou celle qui n’a jamais frissonné en retombant sur de vieux bulletins de notes me jette la première copie double ! Ce matin-là, moi, c’est une enveloppe condensée d’années scolaires oubliées — et pestilentielles — qui a débarqué dans ma boîte, envoyée par un frère sans pitié. Une plongée olfactive et existentielle dans les abysses de ma scolarité, ni brillante, ni catastrophique, mais… instructive?
De la découverte olfactive à la gifle académique
- Une collection de bulletins, retrouvée lors d’un rangement frénétique de mon frère, ressurgit : des vestiges de famille datant parfois de 1978, exhalant un parfum d’œuf pourri et de cadavre de souvenir.
- Je recommande à quiconque tomberait dessus d’en faire des confettis, ou mieux, de les laisser à la discrétion du vent mauvais. Le papier lui-même proteste : il ne veut pas revivre!
Mais l’odeur n’est rien face à la piqûre, bien réelle, de la réalité scolaire : une ribambelle de bulletins médiocres dont l’unique point fort est l’éducation physique. Pour le reste, c’est la débandade : du moyen, du passable, du franchement indéfendable. Les professeurs, unanimes ou presque, n’y vont pas par quatre chemins :
- « Doit redoubler d’effort. »
- « Ne travaille pas assez. »
- « Se laisse aller/vivre. »
- « Manque de soin dans ses copies. »
- « Résultats très moyens. »
- « Peut et doit mieux faire. »
- « Des possibilités certaines mais peu exploitées. »
- « Doit s’appliquer davantage. »
Au fil des années, je grimpe les échelons scolaires comme on se faufile sous un portique métallique : avec extrême réserve, toujours sommé de compenser par une étude forcée l’été venu. Une constante ? Nul en dessin, en travaux manuels (de la sixième à la troisième), frappé d’une fierté inattendue d’être nul en allemand. Sciences physiques, latin : à la limite de la nullité. Dans toutes les autres matières, je me distingue par une médiocrité sans fard. Pas d’excellence cachée, ni littéraire, ni scientifique, simplement et irrémédiablement moyen.
Entre désillusions familiales et aspirations contrariées
Évidemment, avoir une mère professeure de lettres classiques – français, latin, grec, soit le tryptique infernal – n’aide pas quand on trahit ouvertement la cause familiale. Si mon frère brille par ses bulletins exemplaires, je suis, moi, l’artisan d’une soupe à la grimace chronique : soufflantes, incompréhensions, menaces, soupirs de désespoir rythment la vie de famille. Mais qu’importaient les bonnes notes ? L’essentiel restait de passer avec le minimum d’effort.
Le travail ne m’intéressait pas – travail ? Il m’aurait fallu naître pour autre chose, peut-être courir après un ballon, lire, rêvasser, tout, sauf bégayer des règles de conjugaison sur un cahier d’écolier. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille.
Une école qui broie les rêves plutôt qu’elle ne les révèle
Ce désintérêt patent a fait de ma scolarité un long tunnel d’ennui, la vraie vie s’écoulant ailleurs — hors des murs de la classe, sur un trottoir à 7h30, sur le trajet de la Porte d’Orléans jusqu’au lycée, pour des journées dignes d’un employé de banque.
L’école, à mes yeux, n’a rien d’une fabrique de potentiels : elle broie méthodiquement des rêves sous prétexte de préparer à la vie dite professionnelle, générant des bataillons d’adultes imparfaits, amers et déçus.
Qu’on se le dise : elle ne comprenait pas l’enfant étrange que j’étais, accaparé par mille autres questions que celles du programme. Mais l’école n’a pas le temps, elle doit être pragmatique, utile, et féroce envers les réfractaires à son joug.
Ni artiste, ni matheux : la révélation d’être soi
Avec le temps, je regrette de n’avoir même pas eu le cran d’être un vrai cancre et d’envoyer paître tout ce rituel de l’ennui qui, trimestre après trimestre, me mettait au banc des accusés. On me promettait un avenir compliqué, et, pari tenu, le chemin fut sinueux — mais pas forcément dans le sens imaginé par mes maîtres.
Car si je n’ai pas fourni d’effort scolaire digne de ce nom, j’ai bel et bien mis mon esprit à la forge, une fois mon propre cap trouvé. D’ailleurs, cette école devrait se donner pour mission d’aider chacun à devenir soi-même, à ne pas nous transformer en robots ânonnant des connaissances aussitôt oubliées qu’enseignées — et, entre nous, souvent inutiles.
Conseil à ceux qui retrouvent leurs bulletins : n’ayez pas peur des odeurs, ni des jugements passés, mais sachez en rire. Le seul bulletin qui compte, c’est celui que vous écrivez chaque jour, loin de la salle de classe.













